Histoire

Hippocrate, Galien et les quatre tempéraments

13 juillet 2026 · 5 min de lecture

Hippocrate de Cos, gravé d'après un buste de marbre antique.
Hippocrate de Cos, gravé d'après un buste de marbre antique.

Sur une île grecque au Ve siècle avant notre ère, et à Rome six siècles plus tard, deux médecins qui ne se sont jamais rencontrés nous ont légué le langage du tempérament que nous employons toujours.

Sur l'île de Cos, dans l'est de la mer Égée, les guides vous montreront un platane et vous diront qu'Hippocrate enseignait à ses élèves sous ses branches. L'arbre qui se dresse là n'a que quelques siècles, bien trop jeune pour soutenir la légende. Mais quelque chose a bien commencé à Cos autour du Ve siècle avant notre ère, et cela façonne encore les mots que vous cherchez pour décrire un ami mélancolique ou un tempérament emporté.

Un médecin sur une île grecque

Hippocrate est né à Cos vers 460 avant notre ère. Ce qui rendait son cercle inhabituel, c'était le refus d'attribuer la maladie à la colère des dieux. Le corps, soutenaient-ils, était un système que l'on pouvait observer, et la maladie avait des causes que l'on pouvait raisonner.

Leur modèle reposait sur les fluides. L'exposé le plus clair qui nous soit parvenu vient d'un court traité de la collection hippocratique intitulé De la nature de l'homme, sans doute écrit non par Hippocrate lui-même mais par Polybe, que l'on croit être son gendre. Il nomme quatre humeurs : le sang, le phlegme, la bile jaune et la bile noire.

La santé, dans cette vision, était l'équilibre. Quand les quatre se tenaient en proportion, on se sentait bien. Quand l'une débordait, on tombait malade, et un bon médecin ramenait le mélange vers son centre par le régime, le repos, ou l'un des remèdes plus rudes de l'époque. Si vous voulez le récit détaillé de la manière dont ces quatre fluides ont été choisis et pourquoi ils correspondaient au monde plus vaste, cette histoire se trouve d'où viennent les quatre humeurs.

Galien, six siècles plus tard

Puis un long silence. Près de six cents ans passent avant que le second nom de cette histoire n'apparaisse.

Galien est né à Pergame, dans l'actuelle Turquie occidentale, vers 129 après notre ère. Il s'est formé à travers le monde de langue grecque, puis a fait carrière à Rome, d'abord en recousant des gladiateurs blessés, plus tard comme médecin d'empereurs, dont Marc Aurèle. Il était prolifique, batailleur et immensément influent. Pendant les quatorze siècles qui suivirent, étudier la médecine en Europe et dans le monde islamique voulait dire, pour l'essentiel, étudier Galien.

Il reprit les quatre humeurs dont il avait hérité et leur donna une structure. Galien pensait en termes de krasis, un mélange ou un dosage, et il rattacha chaque humeur à un couple de qualités tirées de la physique grecque plus ancienne : chaud ou froid, humide ou sec. Le sang était chaud et humide. La bile jaune était chaude et sèche. La bile noire était froide et sèche. Le phlegme était froid et humide. La constitution d'une personne, selon lui, reflétait le mélange qui dominait chez elle.

Des fluides aux caractères durables

C'est le pivot. Dès lors que chaque humeur portait une température et une texture, il n'y avait qu'un pas pour imaginer quatre sortes de gens.

La personne sanguine, pleine de sang, était chaude, joyeuse, prompte à nouer des liens. La colérique, gouvernée par la bile jaune, était vive, mue par l'action et tranchante. La mélancolique, alourdie par la bile noire, penchait vers le sérieux et la tristesse. La flegmatique, froide et humide, restait calme et lente à s'émouvoir.

Galien a posé les fondations, même s'il vaut la peine d'être précis sur la chronologie. Il a longuement écrit sur les tempéraments et les mélanges. Le schéma net des quatre caractères, avec les noms latins de Sanguin, Colérique, Mélancolique et Flegmatique que nous employons encore, s'est fixé dans sa forme familière au fil des siècles médiévaux qui ont bâti sur son œuvre. Ce qui avait commencé comme une théorie des fluides du corps est lentement devenu une théorie de la personnalité. Cette forme tardive est proche de ce que sont les quatre tempéraments aujourd'hui, la bile en moins.

La médecine se trompait. Le langage est resté.

Voici la part honnête. Presque rien de tout cela ne tient debout.

La bile noire n'existe pas. Équilibrer les humeurs par la saignée a fait bien plus de mal que de bien aux patients. Les saisons, les organes, les éléments, tout ce beau système qui faisait du corps un petit écho du cosmos, rien de cela ne survit au contact de la biologie moderne.

Et pourtant les mots ont refusé de mourir. Nous disons encore d'une personne qu'elle est sanguine quand elle est pleine d'espoir, flegmatique quand rien ne l'ébranle, mélancolique quand une humeur s'installe pour la soirée. Nous parlons de bonne et de mauvaise humeur sans penser une seconde à la bile qui se cache dessous.

Deux médecins qui ne se sont jamais rencontrés, nés à six siècles d'écart, nous ont légué un vocabulaire que nous n'avons jamais tout à fait abandonné.

Hippocrate nous a donné les quatre fluides. Galien nous a donné les quatre caractères. La chimie était fausse, mais le langage s'est révélé utile, et c'est pourquoi, debout sous un platane de Cos bien trop jeune pour la légende, vous pouvez encore sentir l'attrait d'une idée très ancienne.

HippocrateGalienquatre humeurs

Trouvez votre tempérament

Passer le test

À lire aussi