La tradition

Les tempéraments et les saisons de la vie

24 mai 2026 · 5 min de lecture

Une page d'avril tirée d'un calendrier médiéval, sous le signe du Taureau.
Une page d'avril tirée d'un calendrier médiéval, sous le signe du Taureau.

L'ancienne tradition lisait une vie entière comme elle lisait une année. Printemps sanguin, été colérique, automne mélancolique, hiver flegmatique, chaque humeur prenant son tour.

Vers l'an 1011, un moine anglais du nom de Byrhtferth traça un diagramme qui tentait de faire tenir le monde créé tout entier sur une seule page. Il y déployait les quatre saisons, les quatre éléments, les vents venus des coins de la terre, les douze mois et les quatre âges de la vie humaine, le tout réuni dans une roue. Au centre couraient les qualités qui touchaient toute chose : le chaud, le froid, l'humide et le sec.

Pour Byrhtferth, ce n'était pas un ornement. C'était un raisonnement. Les mêmes quatre forces qui faisaient tourner l'année, croyait-il, circulaient aussi dans le sang.

L'année en quatre humeurs

Cette croyance porte un nom, la doctrine des quatre humeurs, et son ossature est assez simple pour tenir dans une seule main. Chaque saison portait une humeur. Le printemps était chaud et humide, comme le sang, et revenait donc au Sanguin. L'été était chaud et sec, comme la bile jaune, et il était donc Colérique. L'automne devenait froid et sec, temps de la bile noire et du Mélancolique. L'hiver était froid et humide, quartier propre au flegme, et donc Flegmatique. Si ces quatre noms vous sont nouveaux, il vaut mieux lire d'abord ce que sont les quatre tempéraments.

La logique tenait au climat. On pensait que le sang gonflait dans l'air doux et humide du printemps, et le médecin s'attendait alors à des patients gais, agités, et à quelque saignement de nez. La chaleur de l'été répondait au feu de la colère et de l'ambition. Les feuilles sèches qui tombaient en automne reflétaient une humeur repliée sur elle-même. L'hiver, froid et humide, ralentissait le corps au rythme du flegme.

Les quatre âges d'une vie

La même roue pouvait se poser sur une vie unique, et c'est la partie qui m'émeut encore.

Un jeune enfant était sanguin de nature : chaud, humide, prompt à rire et prompt à pleurer, tout de printemps. La tradition voulait que cet éclat ne dure pas, qu'il soit une saison et non un moi fixé. Quiconque a observé un tempérament chez l'enfant en connaît la version brute, avant que les années ne fassent leur lent travail.

Puis la jeunesse et la force de l'âge apportaient la chaleur et la sécheresse, l'été colérique, ce moment où l'on est le plus ardent et le plus sûr de soi. Le milieu et la fin de la vie se refroidissaient vers l'automne mélancolique, plus sec, plus pensif, plus familier de la perte. Et la vieillesse s'installait dans l'hiver flegmatique, froid, lent et calme.

Ainsi l'humeur qui vous gouvernait n'était jamais censée être figée. C'était une marée. On s'attendait à ce qu'une personne traverse les quatre, du printemps à l'hiver, comme le fait l'année.

Une seule journée, en miniature

Les auteurs poussèrent le schéma plus loin encore, jusqu'aux heures. Le matin était sanguin, le sang montant avec la lumière. Le midi, le soleil à son zénith, était colérique. Les longues ombres de l'après-midi et du soir étaient mélancoliques. La nuit était flegmatique, le corps se refroidissant vers le sommeil.

C'est une fractale bien ordonnée : les mêmes quatre temps dans une journée, une vie et une année, chacun emboîté dans le suivant. Cette netteté faisait une bonne part de l'attrait. Une seule idée semblait expliquer la fièvre qui montait à midi, la baisse d'humeur qui arrivait au crépuscule, et la prudence qui vient avec les cheveux gris.

Ce que la poésie avait de juste

Nous savons aujourd'hui que la bile noire n'est pas un fluide réel, et que l'automne ne l'épaissit pas. Comme médecine, le schéma se trompait, et ceux qui s'y fiaient soignaient leurs patients avec la meilleure carte dont ils disposaient.

Mais regardez ce que l'ancienne image affirmait vraiment. Non pas que le tempérament est une étiquette apposée à la naissance et laissée là pour toujours. Elle disait le contraire : qu'une nature vive et brillante peut se refroidir et s'approfondir, que la stabilité de l'âge n'est pas le même moi que l'enfant et n'était jamais censée l'être. Une vie avait une forme, et cette forme était saisonnière.

La psychologie moderne, dans son vocabulaire plus sec, tend à convenir que les gens s'adoucissent en vieillissant, devenant un peu plus calmes et plus posés. Les auteurs des humeurs disaient la même chose en langage de météo. Ils regardaient une personne et voyaient une année qui tourne, et ils ne se trompaient pas sur le mouvement, seulement sur la cause. Il y a là quelque chose qui mérite d'être gardé. Ce que vous êtes maintenant tient en partie à la saison où vous vous tenez, et les saisons changent.

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